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3 questions à Natalia Trouiller, Directrice Générale de NOE 3.0

Les outils numériques peuvent-ils servir l’évangélisation ?

C’est un fait, les gens passent un temps considérable sur leur ordinateur. Notre mission de chrétien est de les rejoindre là où ils sont…Or, ils sont bien souvent sur ce que l’on en est venu à nommer le « continent numérique » : cette éloquente expression montre à quel point ces nouveaux outils sont un moyen d’atteindre concrètement nos contemporains !

La vocation de Noé 3.0 est d’évangéliser grâce aux techniques de communication les plus modernes. Nous souhaitons créer un mouvement d’Eglise, et accompagner les structures ecclésiales dans la révolution numérique.

On constate aujourd’hui que, de manière générale, l’Eglise a en moyenne trois ou quatre ans de retard sur le monde en matière de communication ! Ce qui est énorme… L’ambition de ce nouveau projet est d’être en avance sur les tendances, de façon à ne pas se laisser dépasser par les évolutions mais à y participer, voire même à être moteur de ces dernières. Nous avons à cœur de concevoir des projets qui soient enthousiasmants. Ensuite, nous recrutons des personnes compétentes et qualifiées (graphistes, développeurs…) pour les mettre en œuvre, et nous laissons les manettes entre leurs mains expertes !

Cependant, notre religion est une religion de l’incarnation. C’est pourquoi nous veillons à ce que chacune de nos actions virtuelles ait une incidence sur le réel. Par exemple, à l’occasion de la fête des lumières le 8 décembre à Lyon, nous avons mené une campagne sur Twitter avec le hashtag #MerciMarie.  (http://merci-marie.fr/). Afin d’incarner cette démarche virtuelle, chaque fois qu’une personne utilisait ce hashtag, une bougie était allumée devant la basilique Notre Dame de Fourvière, à Lyon, et disposée de manière à ce que l’ensemble des bougies forme une phrase de l’évangile : une opération à la fois virtuelle et concrète.

Qu’est ce qui caractérise l’usage chrétien du numérique ?

Utiliser le numérique en tant que chrétien, ce n’est pas s’interdire des actions, mais en inventer de nouvelles : il s’agit de faire des choses en plus, et non des choses en moins.

Je pense par exemple à @Khagnine sur Twitter : systématiquement, après l’échange d’un certain nombre de tweets, elle provoque une rencontre personnelle. Ainsi, de fil en aiguille, elle a amené plusieurs personnes vers le baptême…

Le numérique doit être un lien, un outil qui rassemble. Des applications peuvent permettre aujourd’hui de prier à plusieurs, ou encore de géolocaliser un lieu de confession. Le réel n’est pas mis de côté par le virtuel mais en est au contraire l’objectif premier : on aboutit toujours à une rencontre concrète à l’issue d’un échange virtuel. Le numérique se doit de rester à sa juste place : c’est un média(teur). Le danger serait de créer une communauté virtuelle, ce qui serait un leurre !

Selon vous, de quoi ont besoin les paroisses pour évangéliser ?

Les paroisses ont d’abord besoin d’être de vraies communautés plutôt que d’être ce que sont devenues beaucoup d’entre elles depuis cinquante ans : des centres de gestion administrative. On vient à la paroisse pour un baptême, une communion, un mariage…Mais au-delà de ces cérémonies ponctuelles de la vie du chrétien et des registres à signer, la paroisse est souvent dénuée d’un véritable esprit communautaire. De fait, aujourd’hui, on observe que de nombreux chrétiens rattachent leur vie de foi à des mouvements d’Eglise où ils sentent ce véritable esprit communautaire plutôt qu’à des paroisses où les prêtres ont souvent du mal à créer cette cohésion entre les fidèles qui répond au besoin profondément humain d’appartenir à une communauté. Ainsi les prêtres eux-mêmes ont souvent redirigé des personnes de bonne volonté vers les communautés nouvelles. Mais depuis quelque temps, les missions d’évangélisation reviennent dans les paroisses, et elles marchent très bien !

Les paroisses doivent aussi avoir le désir de grandir. Une paroisse qui ne grandit pas est une paroisse malade ; mais souvent, par peur de forcer, de dévier vers un prosélytisme qui priverait de liberté ceux que l’on essaie de toucher, on ne cherche pas à faire croître le nombre de fidèles. Dans un parti politique, on ne se demande jamais s’il y a «assez» de militants ! Il devrait en être de même dans l’Eglise …

Pour en savoir plus sur Noé 3.0 : www.noe3-0.fr

Crédit photo: Tekoaphotos