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Entretien avec Pierre Collignon, Directeur Général de l’Ircom, établissement d’enseignement supérieur à Angers fondé par l’Abbé Houard qui eut l’intuition de l’importance qu’allait prendre la communication dans nos sociétés.

Les chrétiens doivent-ils se former en communication pour évangéliser ?

La communication est profondément naturelle chez chacun, mais en même temps, cette capacité se travaille. Si nous possédons tous ce potentiel, nous ne partons pas tous avec le même bagage… Il est donc important de développer cette faculté humaine qui nous permet d’entrer en relation avec les autres. 

L’évangélisation exige aussi une foi profonde, vivante. Avant de se former à la communication, il est indispensable d’approfondir sa foi afin qu’elle ne vienne pas de l’extérieur mais soit profondément ancrée.

Enfin, il ne faut pas négliger les outils de communication mais les utiliser, eux qui appartiennent à un temps, un lieu, à une culture, pour rejoindre ceux qui ne connaissent pas le Christ et son message. Notre culture de la communication rend indispensable l’utilisation de ces nouveaux outils pour être percutant. Jean-Paul II expliquait que la communication constituait « la nouvelle frontière de l’engagement missionnaire ». Cette parole qui met en évidence la faculté qu’ont les outils de communication à démultiplier notre capacité à annoncer l’évangile.

Quelle est la spécificité de la communication chrétienne ? 

Une communication chrétienne doit toujours tenir compte d’un paramètre central pour l’Eglise : le respect de la dignité de la personne. Le monde dans lequel nous vivons a trop tendance à utiliser la communication comme un moyen de manipulation, et s’oppose ainsi à ce que doit être une communication qui rend libre. Le Christ ne force jamais, il laisse le choix !

J’aime beaucoup l’encyclique «Caritas in Veritate» de Benoit XVI. Elle contient quelques trésors de réflexion pour nous, chrétiens, sur notre manière de communiquer le message de Jésus Christ. Nous devons la vérité aux autres, mais sans jamais cesser de les aimer et donc en sachant que cet amour va nous retenir d’entrer dans un processus de manipulation.

Peut-on, avec des outils de masse, toucher profondément les personnes à qui on s’adresse ?

« Je n’ai rien a dire à tout le monde, j’ai quelque chose à dire a quelqu’un » disait Charles Peguy. Une très belle phrase ! Je pense qu’il faut se méfier de cette communication de masse qui est dépersonnalisante.

Je suis très sceptique et ne crois pas une seconde que des outils de communication de masse peuvent convertir. Ils peuvent aider des chrétiens à se former, à approfondir leur foi, à se retrouver dans une communion …

Il est tout de même possible de toucher quelque chose en eux, mais les médias ne permettent pas le mystère de la rencontre.

Le Christ était-il un bon communicant ? Qu’est-ce qui vous marque sans sa personnalité ?

Depuis 2000 ans, on en parle, des gens en vivent, en meurent…!

Ce qui est marquant dans la figure du Christ, c’est son grand respect de la liberté de l’autre et sa bienveillance. Dans sa personne, il y a quelque chose de profondément renversant, que l’on retrouve chez certains grands saints comme saint Vincent de Paul, mère Teresa… Ils sont des fenêtres sur Dieu, qui bousculent tout, renversent tout, tout en laissant libre. Leur parole vous frappe, vous trouble, vous entraine, vous touche, parce qu’elle est habitée.

C’est toute la question du verbe qui s’est fait chair : la parole s’est incarnée dans le christ. Le christ est ce qu’il dit. Ce qu’il dit est lui.