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Entretien avec Vincent Neymon, Directeur de la communication de la Conférence des Évêques de France (CEF)

En quoi consiste la communication de la Conférence des Évêques de France  ?

La communication de la CEF recouvre trois grands domaines d’activités.

Tout d’abord, il s’agit de répondre aux nombreuses sollicitations des journalistes. Chaque jour nous parviennent entre deux et trois demandes de médias nationaux, qui se tournent spontanément vers nous pour toutes sortes d’informations concernant les fêtes chrétiennes, les événements liés à la vie religieuse et l’on cherche également à avoir l’avis de la CEF sur des sujets d’actualité.

Notre rôle est de prendre une parole dans le monde tout en restant pédagogique sur ce qu’est notre Foi. Par exemple, quand le porte-parole de la CEF est invité à la radio pour parler de Pâques, on lui demande aussi son avis sur l’actualité. Il faut tenir les deux en même temps !

La voix de la CEF n’est pas relayée uniquement par le porte-parole officiel. Nous avons mis en place des “Catholic Voices” à l’américaine. Ainsi, quand un évènement arrive, nous sollicitons 5 à 15 personnes spécialisées dans la thématique concernée, et quand l’évènement survient, nous orientons les médias vers ces personnes. C’est très efficace ! Mais cela demande du temps et des moyens.

Par ailleurs, nous nous attachons à travailler sur les questions numériques qui sont primordiales dans le monde dans lequel nous vivons : il nous faut développer nos sites internet, mettre en place du community management ou de la veille…

Enfin, nous avons une mission interne à la vie de l’Eglise : notre rôle consiste non pas à orchestrer mais à jouer un rôle de « tête de réseau », d’animateur de réseau auprès des mouvements et des associations catholiques et à assurer une relation avec les diocèses.

Quelles difficultés rencontrez vous ? 

La première difficulté majeure est liée à un malentendu, que tout le monde connaît et que tout le monde accepte, concernant notre rôle de communication. Notre parole n’a pas d’autorité ecclésiale : il n’existe pas de niveau national dans l’Église, les évêques dépendent directement du pape. Notre porte-parole s’exprime au nom de la CEF, et non de l’Église.

Or tout le monde laisse entendre que notre parole est celle de l’Eglise. Elle est très attendue par les médias, mais aussi par les catholiques qui nous reprochent parfois de ne pas avoir une parole assez forte. Nous sommes ainsi sur un schéma de communication impossible mais qu’il faut quand même mener. Nous devons jouer en permanence avec cette autorité que nous n’avons pas mais qui est attendue… Nos propos doivent par ailleurs refléter la pensée de tous les évêques, ce qui les rend parfois un peu fades. Pour autant notre parole est légitime : la CEF abrite des conseils et des commissions qui rassemblent des évêques et/ou des laïcs travaillant par groupes thématiques sur des sujets divers (migrants, famille, société…) Le président de chaque conseil est élu par les évêques et peut ainsi traduire une parole qui reflète réellement l’opinion de la CEF.

La deuxième difficulté majeure réside dans le fait de créer, en interne cette fois, une cohésion de la parole de l’Eglise :  il s’agit de travailler avec les diocèses sans pour autant créer une ingérence vis-à-vis de ces derniers. La CEF doit être au contraire dans une posture d’aide et de service pour accompagner les diocèses dans leur communication. Sans une vraie relation de confiance avec les responsables de communication des diocèses, ce travail est impossible. C’est pourquoi nous menons des audits, nous faisons des propositions dans le but de créer petit à petit une véritable cohésion, une vraie fédération.

Comment la société perçoit l’Église en France selon vous ?

Je pense que l’image de l’Église est meilleure qu’elle a pu l’être : on le voit à travers les journalistes que l’on rencontre. Nous ne sommes pas tellement attaqués, critiqués, sauf par des personnes qui en ont fait une profession, mais ils sont moins nombreux qu’avant.

En revanche, la notoriété est de plus en plus faible. Je le vois avec les journalistes : aujourd’hui ils sont plutôt sympathiques avec nous, mais ils ne nous connaissent pas. Il y a 15 ans ils étaient un peu agressifs parce qu’ils avaient des comptes à régler…