Sélectionner une page

A ce jour, nous avons rencontré une bonne vingtaine de curés de paroisses catholiques dans des contextes très différents. Certaines paroisses sont en croissance dans des régions particulièrement dynamiques comme le Texas, le Colorado ou la Californie, tandis que d’autres font face au déclin du nombre de fidèles, par exemple dans le Nord-Est. Certains curés sont en place depuis 30 ans, d’autres viennent de prendre leurs fonctions. Certaines communautés sont multi-culturelles, d’autres assez homogènes. Bien d’autres différences peuvent encore les distinguer. Pourtant, les curés de ces paroisses ont de nombreuses idées qui se recoupent et des priorités communes pour faire vivre leur communauté. Pour cette raison, et parce qu’il nous est impossible de faire un article pour chacune de ces paroisses, nous vous proposons de découvrir ici quelques extraits de nos entretiens avec les curés, pendant lesquels ils nous confient leurs bonnes idées, les obstacles qu’ils rencontrent, leur vision pour leur paroisse.

Quelles sont leurs priorités, quels éléments permettent la croissance de leur paroisse et le maintien de leur dynamisme ?

Une communauté accueillante

Le père James est le curé de la paroisse du Good Shepherd à Denver, dans le Colorado.

« Je pense qu’il est important qu’une paroisse soit avant tout ouverte à la grâce de Dieu. Parfois nous pensons que des méthodes et techniques peuvent tout changer : c’est un leurre. Elles sont une aide mais pas une fin ! Une des questions que je me pose est : quelle genre de communauté voulons-nous être ? Quelle tristesse de constater que vous pouvez commencer et terminer votre vie dans une paroisse sans que personne ne sache qui vous êtes !

Nous mettons tout en oeuvre pour être une communauté accueillante : en restant à la fin de la messe pour saluer les familles, en introduisant des personnes qui viennent d’arriver auprès d’autres paroissiens, en proposant aux fidèles de s’impliquer dans tel ou tel ministère, en ayant une équipe dédiée à l’accueil, en envoyant nos voeux aux paroissiens chaque année et en pensant à eux pour leur anniversaire, ou en envoyant un petit texto aux couples que nous préparons au mariage pour leur dire que nous prions pour leur préparation…

Le rôle du curé est celui d’un père de famille. Cela suppose d’être présent sur une longue durée. Il faut de nombreuses années pour connaître sa paroisse et gagner la confiance des fidèles, avoir une vision et une stratégie pour sa paroisse, et la mettre en oeuvre avec une équipe de laïcs engagés en entraînant toute la communauté… Aux Etats-Unis, les prêtres sont généralement assignés 6 ans pour une paroisse, puis renouvelés 6 ans. »

La beauté de la liturgie

Le père Ian est le curé de la paroisse Saint Michael the Archangel à Greenwich, dans le Connecticut. 

« Notre manière d’évangéliser est de travailler à la beauté de la liturgie, en particulier le dimanche.  Nous souhaitons que la musique soit belle et qu’elle permette à toute l’assemblée de chanter. Nous sommes en train d’embaucher une directrice de la musique pour gérer les choristes et instrumentistes bénévoles, sélectionner avec soin les chants de la messe pour qu’ils fassent écho aux textes du jour, les accompagner au piano et ajuster leur tonalité parce qu’ils sont parfois trop hauts pour l’assemblée.

Je m’efforce également de travailler avec le plus de soin possible mes homélies, afin qu’elles soient percutantes et nourrissent la foi des membres de ma communauté. Je suis à l’écoute des paroissiens pour améliorer sans cesse ma manière de prêcher.

Notre équipe paroissiale souhaite également proposer des temps de formation et de prière approfondis. Par exemple, nous organisons des journées qui impliquent les familles entières. Il est important de réunir toute la famille pour susciter des discussions autour de la foi à la maison. Les parents sont les premiers éducateurs mais se trouvent parfois démunis face aux questions de leurs enfants concernant la foi. Autre exemple de temps de formation : nous venons de lancer « Walking with Purpose », un parcours pour les femmes qui se réunissent chaque semaine. »

Toucher les personnes éloignées de l’Eglise

Le père Thom est le curé des paroisses Saint Luke et Saint Joseph à Arlington, près de Boston, dans le Massachusetts

« Dans le diocèse de Boston, 60 % des paroisses n’arrivent pas à payer leurs factures. Le nombre de catholiques pratiquants est en baisse, ainsi que le nombre de prêtres. Ces chiffres nous ont interrogés et nous ont poussés à entreprendre de grands changements dans nos deux paroisses. Nous avons remarqué qu’une des tendances ici est de vivre sa foi comme un « consommateur », avec de nombreuses « exigences », et en venant à l’église montre en main pour la messe du dimanche.

Nous souhaitons que nos paroissiens soient plus engagés, qu’ils aient le désir de devenir de vrais disciples du Christ. Nous souhaitons également toucher les personnes éloignées de l’Eglise. L’Église est faites pour toucher ces personnes, sa mission première est d’annoncer la bonne nouvelle à tous, et non d’entretenir un « club d’abonnés ». C’est pour cette raison que notre priorité aujourd’hui est de rendre notre paroisse accessible à ces personnes : en ayant des locaux accueillants et modernes, en mettant en place une équipe d’accueil, en faisant tout ce qui est en notre pouvoir pour que les personnes qui viennent pour la première fois se sentent à l’aise. Ce n’est que le début, nous sommes encore en phase de mise en place, d’expérimentation. »

Avoir une vision pour sa paroisse

Le père Lloyd  est depuis 30 ans le curé de la paroisse Santa Monica, à Santa Monica, près de Los Angeles, en Californie. 

« Il est essentiel de construire une équipe autour de soi qui partage une vision commune. Notre vision, à Santa Monica, est celle du Saint Père : nous faisons tout pour que les gens se sentent accueillis. Nos portes sont ouvertes, nous rendons visites aux paroissiens, nous les accueillons à la sortie de la messe, nous avons un café, le Holy Grounds, ouvert à tous… Nous avons sollicité un institut de sondage, Gallup, pour mener une enquête dans notre paroisse. Elle devait nous permettre de cerner les éléments essentiels à améliorer, soigner. Saviez-vous que lorsqu’une personne vient pour la première fois à la messe du dimanche dans votre paroisse, elle sait au bout de 10 minutes si elle va revenir ou non ?!

Un autre élément clé, il me semble, est notre implication dans les oeuvres locales. Nous avons un ministère, « Stephen Ministry », pour écouter, aider et accompagner les personnes qui souffrent d’un deuil, d’une séparation, d’une perte d’emploi. Nous nous joignons aux activités de certaines associations locales et les soutenons financièrement. Un évènement majeur dans la paroisse est le déjeuner de Thanksgiving servi aux sans-abri, qui a lieu le mercredi qui précède Thankgiving et demande une très grosse organisation. Plus de 700 paroissiens bénévoles participent à cette journée et gèrent la décoration des tables, la préparation de la dinde et des plats traditionnels, le tri des vêtements donnés et la mise en place d’une « boutique » pour offrir ces vêtements aux sans-abri. Les élèves de l’école de la paroisse sont eux aussi mobilisés pour servir le déjeuner dans le réfectoire de leur école. »

Accueillir les personnes qui reviennent à l’Eglise

Le père Philip est curé de la paroisse Saint Francis de Sales à New-York. 

« Nous proposons chaque lundi soir, à 19h00, une heure de questions-réponses sur la foi catholique pour les personnes souhaitant découvrir ou redécouvrir la foi.  Alors que le RCIA (“Rite of Christian Initiation of Adults”, l’équivalent du catéchuménat ) est très scolaire dans certaines paroisses, nous ne souhaitons pas le proposer sous la forme d’un « parcours »  : les participants sont à des stades très différents dans leur chemin de foi, et la découverte de la foi ne peut se résumer en quelques séances. Ils peuvent rejoindre le groupe à n’importe quel moment de l’année, y compris pendant les vacances scolaires : on ne peut dire à quelqu’un qui souhaite découvrir la foi “revenez en septembre, une session aura lieu”. L’équipe qui gère ce ministère a été formée par le diocèse. Apprendre à présenter et partager la foi ne s’improvise pas. Il est également important de se former à l’organisation et à la gestion d’une réunion, ainsi qu’à la modération d’une discussion. »

« Une des difficultés que nous rencontrons à New-York est le turnover des paroissiens. Beaucoup de familles sont de passage, ou quittent New-York à l’arrivée d’un enfant. C’est un vrai challenge de mettre à jour notre fichier contact, et de maintenir la cohésion de la communauté paroissiale et la continuité des activités ! A chaque fois qu’une famille s’enregistre dans notre paroisse, je lui propose une rencontre autour d’un café pour faire connaissance. C’est pour moi l’occasion de proposer aux nouveaux de s’impliquer dans la vie de notre communauté, en fonction de leur temps et de leurs talents. »

Former les laïcs

Le père Alejandro est le curé de la paroisse Saint Thomas the Apostle à Miami, en Floride. 

« En arrivant à Saint Thomas the Apostle il y a trois ans, j’ai commencé par former des paroissiens afin qu’ils puissent prendre en main un ministère ou en lancer un nouveau. Le diocèse de Miami propose un cycle appelé « Lay Ministry », et chaque parcours est adapté au besoin de la paroisse qui le sollicite. La formation dure deux ans et a lieu un soir par semaine de septembre à juin. Elle comprend des cours d’histoire de l’Église, de doctrine sociale, de théologie, mais aussi des cours plus pratiques sur le management d’un ministère, le leadership. Je pense qu’il est essentiel que les leaders se forment. Pendant un an, je n’ai rien entrepris dans ma nouvelle paroisse : j’ai observé la vie paroissiale, les besoins, les points forts et points faibles, pendant que des laïcs se formaient. »

« Il est important, je pense, que le curé d’une paroisse soit très disponible, en particulier le dimanche. Par exemple, je tiens à faire moi même les annonces de chacune des sept messes dominicales, et suis donc présent à la fin de chaque messe même si je ne célèbre pas. C’est une manière de montrer d’une part l’importance des annonces (je sélectionne maximum trois ou quatre informations importantes), et d’autre part de montrer que je suis présent pour tous. »